JdS2012


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Résumé de communication



Résumé 85 :

Sur l'histoire de la méthodologie statistique: erreurs et conventions, deux traditions de recherche largement séparées
Desrosières, Alain
INSEE

La méthodologie des enquêtes statistiques est fondée sur la théorie des sondages. Elle vise à contrôler les erreurs de mesure, en évaluant deux composantes: la variance des estimations et le biais. On y distingue l’erreur d’échantillonnage, bien maîtrisée par le calcul des probabilités, et l’erreur non issue de l’échantillonnage, plus difficile à contrôler et à quantifier, même de façon probabiliste. Depuis les travaux pionniers de Deming et Hansen, ces outils ont été développés. Cette méthodologie est issue des recherches des astronomes du 18e siècle (Laplace, Gauss, Legendre), qui cherchaient à contrôler les erreurs d’observation. Mais le transfert de l’épistémologie de l’observation astronomique, vers les sciences sociales, pose des problèmes mal explicités par cette méthodologie. Alors que l’existence et la position de l’étoile polaire prête peu à controverse, en revanche, l’existence et la grandeur de l’inflation, du chômage, du PIB, ou, a fortiori, de l’opinion publique, de l’intelligence ou du bonheur, reposent sur des conventions sociales, indispensables pour procéder aux opérations de mesure. L’étude de ces conventions fait rarement partie du bagage théorique des méthodologues, et relève de traditions de recherche différentes: histoire, sociologie, économie, linguistique, anthropologie, herméneutique. Depuis trente ans, ces questions ont été étudiées, par exemple dans le courant français de l’économie des conventions, dont les promoteurs étaient souvent d’anciens statisticiens. Comment expliquer ce clivage des traditions de recherche? Est-il possible d’y remédier? Comment articuler des cultures aussi différentes?